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Figure majeure de l’influence culturelle de Dior, Mathilde Favier est morte lundi aux côtés de son compagnon, le producteur Nicolas Altmayer, dans un accident de la circulation survenu dans les Deux-Sèvres. Elle avait 56 ans. Il en avait 61. Leur disparition frappe simultanément deux mondes, la couture et le cinéma français, dont ils incarnaient une même puissance discrète : celle qui consiste à révéler les talents, à construire la confiance et à faire rayonner les autres.
Le monde de la mode et celui du cinéma français viennent de perdre deux de leurs personnalités les plus respectées.
Mathilde Favier, directrice des relations publiques de Christian Dior Couture, et son compagnon Nicolas Altmayer, producteur et codirigeant de Mandarin, sont morts lundi après-midi dans un accident de la circulation à Airvault, dans les Deux-Sèvres.
Selon les informations rapportées par Le Figaro et ICI Poitou, leur véhicule a été percuté par un poids lourd arrivant en sens inverse sur la route départementale 938, entre Thouars et Parthenay.
Le parquet de Niort a confirmé l’identité des deux victimes. Le couple se trouvait sur la route entre Cabourg et l’île de Ré, où Mathilde Favier possédait une maison.
Dior a depuis confirmé la disparition accidentelle de sa directrice des relations publiques et rendu hommage à celle qui, par « son engagement et son élégance », avait apporté une contribution considérable à la réputation de Christian Dior Couture. La maison a salué une femme exceptionnelle, dont « la joie communicative, le talent et la loyauté étaient exemplaires ».
Delphine Arnault, présidente-directrice générale de Christian Dior Couture, a également livré un hommage personnel à une collaboratrice devenue une amie :
« Mathilde aimait la vie avec passion.
Avec la disparition de Mathilde, Dior perd une professionnelle exceptionnelle, et moi une amie fidèle.
Son optimisme et son courage forçaient l’admiration.
Son sourire et son talent nous manqueront profondément.
Je ressens aujourd’hui une immense tristesse ; mes pensées vont à ses enfants, à sa mère, à ses sœurs, à sa famille, à ses nombreux amis et à son équipe qu’elle aimait tant. »
Delphine Arnault
Bernard Arnault, président-directeur général de LVMH, a également exprimé sa profonde tristesse : « J’ai appris avec une immense émotion la disparition tragique et soudaine de Mathilde Favier, qui a consacré tant d’années à mettre sa passion, son énergie et son talent au service de la Maison Dior. J’adresse mes plus sincères condoléances à sa famille et à ses proches. »
Jonathan Anderson, directeur artistique des collections femme, homme et haute couture de Dior, a lui aussi salué sa mémoire : « La disparition de Mathilde Favier me brise le cœur. Nous devons tous énormément à son travail et à son engagement. Elle apportait tant de chaleur et d’énergie, et était la personne la plus positive et encourageante que j’aie jamais rencontrée. Mathilde incarnait véritablement l’élégance et, à bien des égards, l’esprit même de la Couture. »
Ces mots disent la place singulière que Mathilde Favier occupait chez Dior.
Depuis plus d’une décennie, elle dirigeait les relations publiques de la maison et supervisait notamment ses liens avec les célébrités internationales.
Dans une industrie où les apparitions publiques, les cérémonies et les relations avec les artistes participent désormais pleinement à la construction du prestige, elle était devenue l’une des figures les plus influentes de l’écosystème culturel de Dior.
Michelle Yeoh, Charlize Theron, Jennifer Lawrence ou Anya Taylor-Joy comptaient parmi les personnalités qu’elle avait accompagnées et habillées au nom de la maison.
Mais son métier ne se réduisait ni aux tapis rouges ni aux images largement diffusées qui en constituaient la partie visible. Il s’exerçait d’abord dans la durée, au croisement de la couture, du cinéma, de l’intimité et de la représentation.
Construire une relation entre une maison et une personnalité suppose de comprendre ce que chacune peut apporter à l’autre sans jamais réduire leur rencontre à un simple contrat d’exposition. Il faut connaître l’identité de la marque, anticiper les sensibilités, protéger les personnes et créer une confiance suffisamment forte pour que la relation paraisse naturelle.
Mathilde Favier maîtrisait cette architecture invisible de la désirabilité. Son intelligence relationnelle, son intuition et sa chaleur lui permettaient de rapprocher des univers sans jamais donner le sentiment de les instrumentaliser.
Son parcours avait commencé dans la presse, au sein du magazine Glamour, avant de se poursuivre pendant onze années chez Prada. Cette expérience entre média, mode italienne et haute couture parisienne lui avait donné une compréhension transversale des mécanismes de l’image.
Elle connaissait leur puissance, mais aussi leur fragilité. Elle savait que l’influence d’une maison ne se mesure pas seulement à l’ampleur de sa visibilité, mais à la qualité des relations qu’elle entretient avec celles et ceux qui la représentent.
Chez Dior, cette conception du métier avait fait d’elle bien davantage qu’une responsable des relations publiques.
Elle était devenue une dépositaire de la culture de la maison, une présence identifiable au sein des défilés, des festivals et des grandes cérémonies internationales. Elle incarnait une certaine idée de Paris : exigeante sans être intimidante, élégante sans affectation, attentive aux usages mais toujours profondément personnelle.
Cette manière de regarder le monde s’exprimait dans Mathilde à Paris, l’ouvrage publié avec Frédérique Dedet chez Flammarion. Elle y réunissait ses adresses, ses objets familiers, ses habitudes et ses rencontres, composant moins un guide conventionnel qu’un autoportrait à travers la ville.
Le goût d’une table, le choix d’une fleur, la beauté d’un intérieur ou l’attention portée à un invité devenaient les éléments d’une même philosophie. Chez elle, le raffinement n’était pas une démonstration sociale : il constituait une manière de prendre soin des autres et de rendre le quotidien plus vivant.
Cet attachement à la beauté n’ignorait ni la vulnérabilité ni l’épreuve.
Fondatrice de l’association Esthétique & Cancer, Mathilde Favier défendait le rôle que les soins et l’attention portée à soi peuvent jouer dans la reconstruction des personnes touchées par la maladie. Elle avait également parlé de son propre combat contre un cancer du sein, donnant à une expérience intime une portée collective. Son engagement révélait une dimension essentielle de sa personnalité : la conviction que l’élégance peut être une force de réparation lorsqu’elle cesse d’être une apparence pour devenir une forme de considération.
Nicolas Altmayer occupait, dans le cinéma français, une place comparable par sa capacité à agir depuis les coulisses.
Avec son frère Éric, il dirigeait la société Mandarin, devenue au fil de son développement l’une des structures de production les plus reconnues du secteur. Père de quatre enfants, il avait construit une filmographie capable de réunir cinéma populaire, films d’auteur, séries et productions destinées aux plateformes.
Son nom restait étroitement associé à certains des plus grands succès de la comédie française contemporaine. Mandarin avait produit Brice de Nice et les films OSS 117, contribuant à installer des personnages et un langage comique durablement entrés dans la culture populaire. Mais son parcours dépassait largement ces franchises.
Nicolas Altmayer avait accompagné plusieurs œuvres de François Ozon, travaillé avec les frères David et Stéphane Foenkinos et soutenu les réalisations de Reem Kherici.
Il avait également contribué au passage au cinéma de Grand Corps Malade et Mehdi Idir avec Patients, avant La Vie scolaire et Monsieur Aznavour. Son activité témoignait d’une aptitude particulière à identifier des voix capables de réunir ambition artistique et rencontre avec le public.
En 2014, il avait produit, avec Éric Altmayer et Christophe Lambert, Saint Laurent de Bertrand Bonello, avec Gaspard Ulliel dans le rôle du couturier.
Présenté en compétition au Festival de Cannes, le film avait ensuite été choisi pour représenter la France dans la course à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. Cette œuvre occupe une place particulière dans son parcours : elle réunissait le cinéma et la mode autour d’une réflexion sur la création, le pouvoir de l’image et le coût intime du génie.
Nicolas Altmayer avait également accompagné l’évolution des usages audiovisuels en investissant le territoire des séries et des plateformes. Il avait notamment produit Validé et La Cage, de Franck Gastambide, ainsi que Cœur noir pour Prime Video. Cette circulation entre salles de cinéma, télévision et streaming témoignait moins d’une rupture avec son métier que d’une extension de celui-ci : trouver des auteurs, défendre une vision et lui permettre d’atteindre son public, quel que soit le format.
Franck Gastambide a évoqué auprès du Figaro le producteur qui avait accompagné tous ses films et toutes ses séries depuis Les Kaïra.
Il a décrit Nicolas Altmayer comme le premier à avoir cru en lui, mais aussi comme un mentor et une figure paternelle. Ce témoignage révèle ce que les génériques ne disent pas toujours du métier de producteur. Produire ne consiste pas seulement à financer une œuvre ou à organiser sa fabrication. C’est prendre un risque sur une personnalité, la soutenir avant que sa valeur ne soit reconnue et rester présent lorsque le succès ne constitue encore qu’une hypothèse.
Mathilde Favier et Nicolas Altmayer appartenaient ainsi à une même géographie culturelle.
Leur influence s’exerçait à l’endroit où se nouent les relations, où se choisissent les talents et où se construisent les conditions de leur rayonnement. Elle reliait Dior aux actrices, aux artistes et aux grandes scènes internationales. Il réunissait des auteurs, des interprètes, des diffuseurs et des financeurs autour de projets capables de devenir des œuvres collectives.
Leur présence au Festival international du film de Marrakech, en novembre 2025, rendait visible cette proximité entre leurs univers.
La couture et le cinéma n’y apparaissaient plus comme deux industries séparées, mais comme les composantes d’un même paysage culturel fait de récits, de représentations et de transmission. Leur couple incarnait discrètement cette circulation entre les maisons parisiennes, les plateaux, les festivals et les institutions.
Dans une époque où la visibilité est souvent confondue avec l’influence, Mathilde Favier et Nicolas Altmayer représentaient une autre forme de pouvoir.
Celui de rendre possibles des rencontres, des images et des œuvres sans chercher à en occuper constamment le centre. Leur autorité venait de la confiance qu’ils inspiraient, de leur fidélité aux personnes et de leur capacité à faire émerger le meilleur chez les autres.
La disparition de Mathilde Favier prive Dior d’une personnalité emblématique et d’une mémoire relationnelle construite au fil de nombreuses années auprès des artistes, des ambassadeurs et des proches de la maison.
Celle de Nicolas Altmayer prive le cinéma français d’un producteur capable d’articuler exigence artistique, compréhension du public et engagement personnel auprès des créateurs.
Mais la brutalité de leur mort interdit de ne lire leur disparition qu’à travers leurs fonctions, leur influence ou les institutions qu’ils représentaient.
Derrière les maisons, les films, les cérémonies et les succès se trouvent deux familles frappées par la perte, leurs enfants, leurs proches, leurs amis et des équipes pour lesquelles le deuil est d’abord intime.
Le cinéma français et l’industrie du luxe perdent deux de leurs artisans les plus précieux.
Ceux qui les ont connus perdent deux êtres dont les trajectoires semblent avoir été guidées par une même disposition : croire dans les autres, les réunir et les faire rayonner.
Responsable éditorial et coordination par Frédéric FONTAINE
Crédits éditoriaux : M&M
Photographie : Dior
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