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Made in Italy : le renouvellement des compétences au cœur des enjeux industriels du luxeArticle offert par la redaction

Lecture : 5 minutes

Selon Confindustria Moda, environ 90 000 salariés de la filière italienne du textile et de la mode pourraient partir à la retraite en dix ans. Pour les maisons de luxe, l’enjeu tient à la transmission des compétences dont dépendent la qualité des collections et la continuité de production.

Le rapprochement entre instituts techniques et entreprises constitue une première réponse. Son efficacité dépendra aussi de la capacité des ateliers à financer l’apprentissage et à fidéliser leurs recrues. Visibilité sur les commandes, formation partagée et investissements ciblés deviennent ainsi des leviers de préservation des savoir-faire.

La transmission entre désormais dans les arbitrages industriels des maisons. La priorité consiste à identifier, fournisseur par fournisseur, les métiers critiques et à préparer une relève opérationnelle avant le départ des professionnels expérimentés.

Executive Brief
Par la rédaction de M&Magazine
  • Environ 90 000 salariés du secteur textile et mode en Italie pourraient prendre leur retraite dans les dix ans, posant un risque pour la transmission des compétences.
  • Le rapprochement entre instituts techniques et entreprises vise à préserver les savoir-faire critiques en facilitant la formation et le financement de l’apprentissage.
  • Les maisons doivent intégrer la politique d’achat et de formation, en engageant des volumes et en adaptant les conditions de paiement pour sécuriser les compétences.
  • L’intégration verticale peut aider, mais elle nécessite un plan de transmission pour éviter de perdre les connaissances clés.
  • Les entreprises doivent anticiper les départs en planifiant la relève opérationnelle et le financement de l’apprentissage pour maintenir la qualité du Made in Italy.

La prochaine décennie du luxe italien se prépare dans les ateliers.

Selon Confindustria Moda, quelque 90 000 salariés de la filière textile et mode pourraient partir à la retraite en dix ans. Cette projection ne désigne ni des suppressions de postes ni une pénurie déjà constituée. Elle pose une question industrielle : combien de ces professionnels auront transmis leur métier avant leur départ ?

Pour une maison, le risque ne se mesure pas seulement au nombre de personnes à recruter. Un atelier peut conserver ses machines, ses clients et son carnet de commandes tout en perdant une compétence qui conditionne la qualité de sa production. La maîtrise d’une finition, le réglage d’un équipement ou la capacité à corriger un défaut ne se remplacent pas au rythme d’une embauche. La transmission suppose que celui qui sait et celui qui apprend travaillent ensemble suffisamment longtemps. Ce chevauchement a un coût, bien avant que le successeur atteigne son autonomie.

C’est là que le sujet démographique rejoint la relation commerciale.

Demander à un fournisseur de former sans lui donner de visibilité sur ses commandes revient à lui faire financer seul une capacité dont ses clients bénéficieront demain. Lorsque l’activité ralentit, le temps consacré à l’apprentissage peut devenir une variable d’ajustement. Une économie immédiate risque alors de reporter, puis d’aggraver, la difficulté de remplacement.

Le rapprochement entre formation et industrie apporte une première réponse.

Vogue Business rapporte la signature, en 2026, d’un protocole entre Confindustria Moda, Confindustria Accessori Moda et le ministère italien de l’Éducation, destiné à renforcer les liens avec les instituts techniques supérieurs. Son efficacité devra se lire dans les métiers effectivement pourvus et dans la durée de présence des recrues en atelier.

Pour les maisons, la conséquence stratégique est précise : la politique d’achat et la politique de formation doivent être conçues ensemble. Un engagement de volumes, un financement partagé de l’apprentissage ou des conditions de paiement adaptées peuvent contribuer à préserver une compétence sans imposer l’acquisition de l’entreprise qui la détient. Ces dispositifs demandent toutefois de choisir les capacités réellement critiques. Tous les fournisseurs ne présentent ni le même risque de succession ni la même difficulté de substitution.

L’intégration verticale constitue une autre réponse, mais elle ne résout pas mécaniquement le problème. Acheter un atelier permet de décider de ses investissements et de mieux organiser sa charge. L’opération ne rajeunit pas ses équipes et ne garantit pas leur fidélité. Sans plan de transmission, l’acquéreur devient propriétaire de la vulnérabilité qu’il cherchait à sécuriser. La valeur industrielle d’une acquisition dépend donc aussi de ce qui pourra être appris, documenté et reproduit après le départ des personnes clés.

La traçabilité conduit au même besoin de connaissance concrète.

Identifier un fournisseur direct ne suffit pas à comprendre les opérations qu’il maîtrise, celles qu’il confie à d’autres et les compétences dont dépend sa production. Pour une direction industrielle, cartographier les métiers critiques et cartographier la sous-traitance sont deux exercices complémentaires. Le premier éclaire la continuité du savoir-faire ; le second, la réalité de l’exécution.

Il serait pourtant excessif de déduire des 90 000 départs annoncés un besoin de remplacement strictement identique. L’évolution de la demande, les gains de productivité et la réorganisation des entreprises modifieront les besoins. Le chiffre agrégé ne dit pas non plus où se concentreront les difficultés. Quelques départs sur une opération rare peuvent peser davantage sur une collection qu’une baisse d’effectifs dans un métier plus largement disponible.

L’enjeu, pour les groupes, consiste désormais à traduire cette projection sectorielle en décisions prises fournisseur par fournisseur. Qui partira, à quelle échéance, avec quel successeur et quel financement de la période d’apprentissage ? La solidité du Made in Italy se jugera aussi à cette capacité d’anticipation.

L’indicateur décisif sera le nombre de postes critiques pour lesquels une relève sera opérationnelle avant le départ du titulaire.

Combien de salariés de la mode italienne pourraient partir à la retraite ?

Selon Confindustria Moda, , environ 90 000 salariés de la filière textile et mode italienne pourraient partir à la retraite en dix ans. Cette projection ne correspond pas à des suppressions d’emplois annoncées.

Crédits éditoriaux : M&Magazine
Photographie : Getty Images
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