Paris, le 30 janvier 2026 - Lorsque Pieter Mulier est nommé directeur artistique d’Alaïa début 2021, l’enjeu dépasse largement la question stylistique. Pour la première fois depuis la disparition d’Azzedine Alaïa en 2017, la maison confie son héritage à un créateur extérieur — un geste rare dans l’industrie, encore plus délicat pour une griffe bâtie autour d’un vocabulaire aussi personnel que radical. Cinq ans plus tard, le départ de Mulier marque la fin d’un cycle cohérent, salué par la critique comme par le marché. Il ouvre surtout une phase stratégique sensible pour Alaïa et pour son actionnaire, Richemont, à un moment où le luxe interroge ses modèles créatifs, son rythme et sa capacité à préserver l’exception. Réactiver l’héritage sans le figer Formé à l’architecture à l’Institut Saint-Luc de Bruxelles, Mulier aborde Alaïa par la structure avant le décor. Là où d’autres auraient pu céder à la tentation de la citation ou de l’archive, il choisit une voie plus exigeante : traduire l’esprit Alaïa en langage contemporain, sans chercher à en reproduire les formes. Ses collections reposent sur un principe central — la silhouette — notion cardinale chez Azzedine Alaïa lui-même. Corps encerclés, volumes cocon, robes asymétriques, jeux de tension entre maintien et fluidité : Mulier construit un vestiaire qui dialogue avec le corps plutôt qu’il ne l’habille simplement. Les références à la haute couture du milieu du XXᵉ siècle, à Irving Penn ou Richard Avedon, sont présentes mais jamais décoratives ; elles servent une vision, non…
Éditorial réservé aux membres
Cet éditorial est accessible uniquement aux utilisateurs disposant d’un compte.
Créez votre compte gratuitement ou connectez-vous pour poursuivre votre lecture.